fév 10 2009

Elle m’enerve.

Ils étaient sept à table hier midi. Et pas un n’a eu une pensée pour moi. Les ingrats…

J’ai beau turbiner comme un malade, leur insuffler un souffle chaud, ils ne se préoccupent pas de moi, m’accordant à peine un regard condescendant. C’est simple, si ELLE a froid, elle m’en veut, si ELLE a chaud, elle m’oublie. Je vais partir un jour, ils ne le savent pas encore, mais je vais partir !

Elle m’enerve, elle n’a parlé que du livre que son amie lui a offert, lui, si je l’atrappe, je lui fais sauter la tranche. ELLE rêvait de ce livre dpuis des années, et voilà, qu’à force d’en parler, “les chants” ont fini par débarquer. Je sais ce qu’il va se passer, elle ira dans sa chambre lire le bouquin, et ce sera une raison de plus pour m’oublier. Ah, ce Lautréamont, si je le tenais…

Ils étaient sept à table hier midi, et leur conversation était ridicule. Ils ont abordé des thémes récurrents, auxquels je suis totalement réfractaire, le vin, le bio, les enfants, la musique…

Pfff, si la botte mexicaine pouvait aussi s’occuper du LIVRE, j’irais mieux.


fév 5 2009

Réfractaire au chat…

Les chats passent depuis peu leurs nuits dehors, je suis enfin tranquille durant une partie de la révolution terrestre. LUI, il a découverts des tas de petites crottes empilées sous la baignoire de la salle de bain. IL lui a dit de nettoyer, il lui a dit que c’était à elle de s’adonner à cette tâche immonde (entre nous, je suis bien content à l’heure actuelle de n’être qu’un radiateur immobile, ce n’est plus le moment de fuir). ELLE, elle a dit : “oui, oui”, comme ça, comme si c’étaient des paroles en l’air.

IL a le nez sensible, un odorat comme j’en ai rarement vu, faut dire que vu le bourre-pif qu’il se tape, il a de la chance de pas vivre à côté de Thoumine-les pieds de porcs-qui-puent. Je l’imagine parfois, nez à terre, son grand corps maigre filant le train à quelque odeur vicieuse qui se serait égarée là. Elle ne nettoiera pas, je la connais, elle trouvera une excuse du genre :  “oh mon chéri, les gants sont troués, tu ne veux quand même pas que je m’en mette plein les doigts” ?)

C’est elle qui a voulu les bêtes, ces trucs à poils qui se vautrent sur mon dos dès qu’ils en ont la possibilité. Leurs têtards les ont appelés “Miss Teigne” et “Chew-Bacca”. Du déjà vu. En ce moment même, le plus jeune est étalé de son long sur ma carcasse de fer, il a les poils longs et un petit air imbuvable. Tout ça, parce-qu’il est à moitié angora…

Est-ce-que je me la pète moi, avec mon ventre rempli de briques réfractaires ? Est-ce-que je frime avec ma super autonomie et mon mode “recharge en heures creuses” ?

Bon, ELLE, elle lui a dit que s’il avait fait la petite porte au meuble de bois qui entoure la baignoire, rien de tout cela ne serait arrivé. LUI, ça l’a énervé d’un coup, et quand j’ai vu ce qu’il s’apprêtait à faire, j’ai cru que j’allais me taper le court-circuit de ma vie (encore mieux que quand ils ont posé la batterie de leur camion à côté de moi). IL a attrapé la bête à poils trop longs et à l’aide de sa botte de cuir mexicaine, il a balancé la chose dans le jardin .

J’ai doucement rigolé, parce-que le chat, dix minutes après, il était là, à se frotter les poils contre ma soufflerie, et à minauder en LA regardant de ses yeux jaunes.

Moi, je dis, que la botte mexicaine, c’est pas une affaire concluante, le mixeur, ça aurait été plus radical.


jan 25 2009

Géothermie

Géothermie, géothermie, ils n’ont que ce mot là à la bouche.

C’est bien simple, quand ils commencent à retrousser leurs lèvres, j’imagine que ce mot va encore jaillir. Je les vois me tourner autour, me dévisager comme si j’étais un traitre. Est-ce ma faute moi, si nous ne sommes que deux pour 60 mètres carrés ? On aurait dû être trois, mais voilà, ils ont preferé nous séparer, et envoyer notre frère chez la grand-mère.

Je n’ai pas réussi à me détacher. J’ai essayé pendant deux jours, mais j’ai finalement laissé tomber. Il y a des choses intéressantes qui sont en train de se passer dans cette maison, et je préfère y rester encore quelques temps, histoire de voir si mes suspicions seront avérées. Roberta est encore venue. Roberta, c’est la factrice, mais c’est aussi un sacré morceau de femme. Des cuisses dures comme du béton, et un derrière digne du pantalon.

Personne ne fait attention à moi ici, personne ne se rend compte que je suis là, à les épier, à attendre qu’ils se disputent et laissent enfin éclater leurs gros mots. Mais voilà, je suis là, et je les observe, même dans le doux ronronnement de la ventilation. Et quand roberta s’adosse à moi, je me dis que j’ai raison de tenir, même si c’est encore pour un jour ou deux.


jan 22 2009

Le chat

Je suis fatigué, j’ai tourné à plein régime cette nuit. Dehors les branches se sont parées d’une fine couche de givre. C’est beau, je ne peux le nier, mais je sais que les plaintes ne vont pas tarder à jaillir. Je suis ne suis pas un radiateur très obéissant, et ce matin, j’ai bien peur que la température ne soit tombée en dessous de 16 degrés Celsius à l’intérieur de la maison. La luminosité est vive, et le ciel très bleu, mais il fait froid. ILS vont bientôt descendre, et ELLE va dire qu’elle a froid, qu’elle n’en peut plus de ce climat, qu’elle aimerait partir en nouvelle Calédonie. Lui, IL aura déjà mis ses deux pantalons, et l’écoutant à peine, il boira son café en silence. Elle ouvrira la porte au chat, qui après avoir été renifler sa gamelle, viendra se blottir contre moi. Il a six mois, mais il est déjà bien gros. Ses yeux me regarderont de leur lueur jaunâtre avant qu’il ne se décide à bondir. Je sentirais ses pattes s’écraser sur mon dos d’un coup sec, ensuite, il s’allongera de tout son long sur moi, sans un instant, suspecter que cela puisse m’ennuyer. Ce chat m’énerve, il laisse des poils partout, et ne fait que se prélasser du matin au soir. On dirait même qu’il en fait exprès de me dévisager de la sorte.

J’aimerais être chasseur de chats, et pas radiateur, si encore, chaque matin, c’étaient les fesses d’Eva Longoria qui se posaient contre moi, et pas celles de leurs braillards. Ce sont des jumeaux, ils s’appellent Jean et Clou, allez donc comprendre pourquoi, et ils ne se lavent pas. Ils font tout à deux en plus. Quand ils s’assoient sur moi, je sens ma taule plier, et mes briques se serrer (je n’ai pas d’entrailles, je suis un chauffage à accumulation d’énergie).

Aujourd’hui, j’ai décidé de me révolter, je sais que ce soir, je serai glacé, car je n’aurais plus rien à distribuer. Seulement de l’air froid. Alors, ELLE dira qu’il faut mettre le chauffage central, au gaz, et lui, IL répondra qu’il faut vendre la maison, aller à la campagne et installer la géothermie. Tiens, ce mot aussi, il m’énerve, il me fait penser au chat.

Aujourd’hui, ce soir, je me détacherai et je partirai.