Les chats passent depuis peu leurs nuits dehors, je suis enfin tranquille durant une partie de la révolution terrestre. LUI, il a découverts des tas de petites crottes empilées sous la baignoire de la salle de bain. IL lui a dit de nettoyer, il lui a dit que c’était à elle de s’adonner à cette tâche immonde (entre nous, je suis bien content à l’heure actuelle de n’être qu’un radiateur immobile, ce n’est plus le moment de fuir). ELLE, elle a dit : “oui, oui”, comme ça, comme si c’étaient des paroles en l’air.
IL a le nez sensible, un odorat comme j’en ai rarement vu, faut dire que vu le bourre-pif qu’il se tape, il a de la chance de pas vivre à côté de Thoumine-les pieds de porcs-qui-puent. Je l’imagine parfois, nez à terre, son grand corps maigre filant le train à quelque odeur vicieuse qui se serait égarée là. Elle ne nettoiera pas, je la connais, elle trouvera une excuse du genre : “oh mon chéri, les gants sont troués, tu ne veux quand même pas que je m’en mette plein les doigts” ?)
C’est elle qui a voulu les bêtes, ces trucs à poils qui se vautrent sur mon dos dès qu’ils en ont la possibilité. Leurs têtards les ont appelés “Miss Teigne” et “Chew-Bacca”. Du déjà vu. En ce moment même, le plus jeune est étalé de son long sur ma carcasse de fer, il a les poils longs et un petit air imbuvable. Tout ça, parce-qu’il est à moitié angora…
Est-ce-que je me la pète moi, avec mon ventre rempli de briques réfractaires ? Est-ce-que je frime avec ma super autonomie et mon mode “recharge en heures creuses” ?
Bon, ELLE, elle lui a dit que s’il avait fait la petite porte au meuble de bois qui entoure la baignoire, rien de tout cela ne serait arrivé. LUI, ça l’a énervé d’un coup, et quand j’ai vu ce qu’il s’apprêtait à faire, j’ai cru que j’allais me taper le court-circuit de ma vie (encore mieux que quand ils ont posé la batterie de leur camion à côté de moi). IL a attrapé la bête à poils trop longs et à l’aide de sa botte de cuir mexicaine, il a balancé la chose dans le jardin .
J’ai doucement rigolé, parce-que le chat, dix minutes après, il était là, à se frotter les poils contre ma soufflerie, et à minauder en LA regardant de ses yeux jaunes.
Moi, je dis, que la botte mexicaine, c’est pas une affaire concluante, le mixeur, ça aurait été plus radical.