Concours roman 2010
En cours de participation au prix :
“concours roman 2010 Femme Actuelle-Les Nouveaux Auteurs”
L’homme d’entretien a été présélectionné,
il fait partie 50 manuscrits sur 600 retenus pour l’évaluation (jury citoyen).
En cours de participation au prix :
“concours roman 2010 Femme Actuelle-Les Nouveaux Auteurs”
L’homme d’entretien a été présélectionné,
il fait partie 50 manuscrits sur 600 retenus pour l’évaluation (jury citoyen).
Tes yeux qui parlent comme un ciel sans nuage,
Ton regard dénudé qui pleure des mots,
Qui crie, geint, réveille, jouit,
Qui pose ses yeux ailleurs,
Ne se terre pas,
Déterre,
Illumine,
Une partie de ton âme,
Celle des autres,
La mienne au passage…
Comment aurait-elle pu savoir qu’à peine ébauchée, leur histoire prendrait cette tournure ? Elle avait balancé le type par la portière de la décapotable sans vraiment y réfléchir, peut-être juste par dégoût d’elle-même, et l’avait claquée de toutes ses forces. Elle le connaissait à peine mais sa prédisposition au sexe aurait dû la rendre dingue de lui. Ils avaient fait l’amour cinq fois depuis leur rencontre, une douzaine d’heure plus tôt. Seulement, elle respirait encore Tom, enfin, il serait plus juste de dire que l’odeur de Tom continuait à vivre en elle. L’odeur de Tom s’était installée dans les pores de son cuir et n’avait plus envie de s’en éloigner, et elle était habituée à l’odeur de Tom. L’odeur de Tom était là depuis tellement longtemps.
Il était dans les quatre heures du matin et Rachel ne savait pas où aller. Rentrer chez elle n’aurait fait que lui rappeler que Tom l’avait trompée et qu’il était parti. Il serait furieux quand il découvrirait qu’elle lui avait emprunté sa voiture et qu’elle y avait laissé les traces d’une nuit épicurienne.
Seule une vengeance torride serait capable de balayer l’amertume qu’elle éprouvait quand elle pensait à lui. Elle avait été jusqu’à pénétrer clandestinement dans leur ancienne demeure alors que la porte ne lui en avait jamais été fermée. Elle était entrée dans la chambre en retenant son souffle et avait longtemps regardé le lit défait. Les larmes avaient coulé doucement le long de ses joues, comme pour retenir le temps qui semblait prendre de l’allure, sable d’un été qui ne reviendrait jamais, alors qu’elle ne faisait rien d’autre que contempler l’empreinte du corps de Tom gisant sur le drap. L’empreinte du corps de Tom était toujours aussi belle, même dans ce lit qu’ils ne partageaient plus, même aujourd’hui, quand Rachel croyait encore que le passé était la meilleure chose qui lui soit arrivée. Et à ce moment-là, son odeur avait rejoint la sienne, et leurs odeurs entrelacées s’étaient à nouveau aimées, comme aspirées par le tourbillon infernal d’un souvenir qui aurait voulu ne plus la quitter. À contrecœur, elle s’était arrachée à cette douce confidence, préférant détourner son regard de l’empreinte de Tom qui lui faisait si mal, puis elle s’était enfuie, ne sachant comment interpréter ce qu’elle y avait découvert. La photo de leur mariage n’aurait pas dû être là, à côté de cette échographie. Ça lui avait fichu un bourdon terrible. L’effraction remontait aujourd’hui à trois mois et elle ne lui avait toujours rien de sa visite, ni lui non plus, mais peut-être n’avait-il pas remarqué l’intrusion de la femme qu’il aimait encore, dans ce qui avait été autrefois leur chambre.
C’est de cette façon que j’ai su que je n’embrasserais jamais une carrière de comédienne. Le rôle ne me convenait pas, et pour tout dire, j’avais beau être affublée du costume rouge de monsieur Noël, c’est plutôt à sa femme que je ressemblais. Quand je suis arrivée au supermarché, ils ont tout de suite remarqué ce que j’avais été la première à pressentir, fille j’étais née et femme je demeurerais ; il avait donc fallu que j’explique au gérant l’absence d’Élijah, ce dont je me dépêtrais finalement avec toute l’originalité qui compose ma personnalité.
– Il a une vasectomicelle…
– Une quoi ?
– Une éruption cutanée, la varicelle du pénis si vous préférez…
Le gérant m’avait dévisagé très froidement, laissant son œil inquisiteur se promener sur moi en toute liberté pendant que je lui expliquais que la maladie qu’avait contracté Simon n’avait rien d’étonnant, au regard de toutes les merdes qu’on trouvait maintenant dans la chaîne alimentaire.
– Entre les OGM et la vache folle, franchement…
J’avais ajouté que le médecin était très alarmé, mais que cela restait pour le moment une maladie orpheline, Élijah n’étant dans cette affaire, rien d’autre qu’un malheureux précurseur. Michou, le chef de rayon pour lequel je devais opérer, avait déclaré que quitte à jouer la « mère Noël », autant la rendre un peu sexy. Ils avaient donc raccourci mon costume écarlate, et à défaut du rôle de madame Noël, je m’étais vue attribuée celui de sa fille. Les mômes, stupéfaits de découvrir que le père Noël avait un enfant, étaient intarissables sur le sujet, ils me posaient des tas de questions, et écoutaient les yeux grands ouverts les drôleries que je leur concédais. Aux plus crédules, j’avais laissé croire que je n’avais que quinze ans. Les pères, se délectant de ma présence si exceptionnelle, emmenaient leurs sourires vers un ciel qui me promettait leur compagnie pour la photo suivante. Il paraissait même que j’illuminais d’une merveilleuse façon les boîtes de lentilles qui se trouvaient juste sur ma gauche. Ça aurait pu rouler nickel si à la fin de la journée, il n’y avait pas eu ce type un peu plus vicelard que les autres, qui, haussant une voix fluette, avait fait remarqué à l’assemblée qu’une fesse débonnaire s’échappait de mon costume. Je m’étais défendue comme j’avais pu, car après tout, que je porte ou non une culotte ne les concernait pas, ce n’était pas moi qui avais la brillante idée de trancher dans le vif du costume et de me le remonter très haut, presque jusqu’au nombril.
Voilà, c’est comme ça que ma première journée de comédienne s’est soldée par une espèce d’échec. Je m’étais fait virer du magasin immédiatement, et sans indemnité vous l’aurez compris. Je n’avais rien à dire sinon ils me balançaient pour outrage à la pudeur. Je n’étais pas dégoûtée, non, je riais même doucement sous cape. J’étais fière de moi.
Depuis, ils ont engagé une femme, parce que l’idée de la fille Noël les a drôlement bottés, et même si c’est une vieille peau qui aujourd’hui me remplace, c’est tout de même le signe que les mœurs évoluent. J’étais cependant vexée que le gérant m’ait virée aussi malproprement, et en sortant de cette saloperie de supermarché, je me promettais, malgré la saison hivernale, d’y revenir tous les jours, vêtue d’oripeaux qui cacheraient à peine mes charmes. J’avais décidé que le gérant finirait par sortir la langue de sa bouche, par se traîner à mes pieds, le sexe dressé et le regard languissant en implorant un pardon que je ne lui concéderais pas.